Notre expérience sur le catamaran géant

Article publié dans le journal Tout l’Immobilier.

Besoin de vacances? Une croisière en pension complète avec équipage devrait faire l’affaire. Aux Antilles? Non, sur le Léman. Depuis le mois de février, un catamaran a rejoint la Rade et fait office d’hôtel flottant.

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Le port des Eaux-Vives. Un champ de mâts. Le claquement des drisses qui s’entrechoquent dans le vent. A l’extrémité du débarcadère, une hampe domine les autres. Celle qui supporte les voiles du Juusan, un catamaran nouvellement amarré sur la Rade. «Juusan, cela veut dire treize en japonais », explique le propriétaire du voilier de luxe, Jean-Luc Oestreicher. Le Suisse n’est pas peu fier de sa bête maritime de 17 mètres de long et presque 9 mètres de large. «Mon but n’était pas d’en mettre plein la vue, explique le quinquagénaire. Je voulais offrir aux gens d’ici un voyage plus accessible qu’une croisière aux Antilles, et en tous cas pas moins beau!»

Ainsi, les passagers auront la possibilité de louer embarcation et équipage à l’occasion d’une virée lacustre. Une première pour les habitants de la région. Prix d’une nuitée, 150 à 250 francs par personne. «Il m’a semblé essentiel que le bateau soit accessible à un grand nombre, et pas seulement à ceux qui ont de gros moyens».

Physiothérapeute de formation, l’homme a mûri son projet lorsque l’état de ses mains l’a contraint à cesser d’exercer. Attiré par le monde de l’hôtellerie, il se remet aux études en 2012 afin de décrocher une patente de cafetier-restaurateur, puis troque sa maison contre un catamaran. Un modèle Sanya 57, issu des ateliers du constructeur français Fountaine Pajot. Coup de l’opération : 1, 5 millions d’euros. Une somme faramineuse pour l’ancien praticien, dont toute la famille s’est mobilisée autour du projet.

Bien équipé

C’est le 19 février que le Juusan a réalisé son baptême lémanique, suite à une mise à l’eau éclair. L’imposante silhouette s’est détachée du port de Sciez (France), mettant le cap sur le fameux jet d’eau. Le ronronnement des moteurs, puis la voile que l’on hisse. Très vite, le paysage se fond dans le bleu métallique d’un après-midi brumeux. L’on oublierait presque que derrière l’écran nuageux, se découpe la chaîne des Alpes. Sur le pont, les banquettes invitent à la détente. A l’intérieur, les espaces sont confinés mais confortables. Les six cabines, dotées de hublots ovales, laissent entrer la lumière à flots. Dans le carré, des sofas encadrent une table spacieuse. Depuis cette pièce centrale, l’on jouit d’une vue panoramique. La kitchenette est soigneusement équipée, du frigo au lave-vaisselle.

Au total, le multicoque peut accueillir une douzaine de convives. «C’est un des avantages du catamaran, explique Marc Antoon, représentant du concessionnaire. L’on peut véritablement être à l’aise dans les cabines, contrairement à un monocoque, où les lits sont empilés les uns sur les autres».

Pour croiser sur le Léman, le voilier a dû néanmoins s’adapter. Pas question, notamment, de jeter les eaux usées dans le lac. Un réservoir permet de stocker 3m cubes à cet effet. Le chauffage central est un second aménagement essentiel dans un pays où la belle saison est aussi courte. Le vaisseau est également équipé d’une antenne wifi et d’un système éco-cruising. « Nous devons être autonomes, d’où la nécessité de capteurs solaires», asserte Jean-Luc Oestreicher. Et en cas de tempête, les passagers doivent-ils avoir le pied marin ? «Le voilier est très stable. Pour être vraiment malade, il faudrait des creux de 1m50 ».

Un périple sur terre

Avant de pouvoir prendre la barre, Jean-Luc Oestreicher a dû planifier le convoyage de son vaisseau de deux tonnes. «Ca a été un combat homérique », résume le skipper.  Le voyage a débuté à La Rochelle. Le voilier a passé par le détroit de Gibraltar, avant d’atteindre Canet-en-Rousillon. Puis ce fut la traversée de seize écluses, pour rejoindre Mâcon. Où le submersible a dû patienter trois mois. En effet, les dimensions du bateau impliquaient la fermeture de tronçons d’autoroute et quelques travaux. Un atermoiement qui a beaucoup inquiété l’hôtelier, qui comptait sur l’aide de ses proches les premiers mois de mise à l’eau. «Ma fille s’était rendue disponible, mais à présent, elle commence l’Ecole Hôtelière», regrette-t-il.

Le voilier a été transporté par camion, et momentanément amputé de son mât. Malgré cela, les ailes ont parfois frôlé les bâtiments ou les panneaux publicitaires. «Certains virages étaient très compliqués à négocier », relate le quinquagénaire. Une poignée de scène cocasses n’ont pas manqué d’attirer badauds et journalistes. «L’on a dû faire passer le bateau par-dessus des voitures», se remémore un proche de l’aventure.

Autre souci, celui des places d’amarrage. Le petit protégé occupe quatre places à lui tout seul. De quoi faire grincer des dents ceux qui font la queue pour un créneau au havre. « Je n’ai pas eu droit à un traitement de faveur. J’ai dû racheter des embarcations afin de faire de la place», se défend le Suisse. «C’est le plus grand bateau du port, s’enthousiaste un usager des Eaux-Vives. Cela demande bien quelques sacrifices».

2 Comments

  1. Johne272

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