La poésie sous toutes ses formes à Paléo

L’on a eu Marina Kaye et ses inflexions d’outre-tombe qui nous ont rebondi sur l’âme comme un galet sur l’eau. Puis ce fut Jain et ses rythmes solaires fleurant bon la savane et le reggae aux accents pop. Mais vendredi soir, la poésie était à l’honneur. Il y a déjà eu celle d’Abd al Malik. Cet artiste multi-facettes –  il est écrivain, réalisateur, rappeur – a posé ses valises débordant de vocables perforés et autres morphèmes torturés sur la scène des Arches.

Abd Al Malik donne tout aux Arches.

Les paroles du Français, intenses de vécu, n’ont eu besoin de nulle viatique électronique pour déployer leur parfum d’émotions puisé au coeur des banlieues. Soldat de plomb, pilonnait-il, au fil de textes martelés comme l’acier, aussi durs que le bitume dans lequel se forge son inspiration. Drogues, errances, religion, racisme…les mots se suivent et se rassemblent, pour former un tableau d’une noirceur étrangement cathartique. Et ça et là, l’espérance d’une vie meilleure, écopée à grand-peine d’un marasme vital. Dans lequel le public de Paléo a de la peine à se trouver. L’on passe et l’on piétine sous un ciel qui commence à dégoutter. Les applaudissements sont timides et les encouragements hésitants. Comme un moteur diesel, l’onde al Malik met du temps à se propager. Mais à quinze minutes de la fin, les mains se joignent en l’air dans un geste de communion musicale: par ses historiettes imbibées d’une humanité en perte d’équilibre, le rappeur a enivré son audience. Les festivaliers scandent avec le Français ses syllabes itératives. Les mots, véritables témoins des coups portés par la vie, sont devenus mantras.

Souchy/ Voulzon au Zénith

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Rajoutons à cela l’alchimie du couple Laurent Voulzy/ Alain Souchon – et la soirée aura fait la part belle à la francophonie. Aussi confortables dans les mots que dans les lieux, les deux acolytes ont tôt fait de transformer la grande scène en plateau TV virtuel. Preuve que la magie a opéré, les plus jeunes générations se sont surpris à reprendre Belle Ile en mer à plein poumons. C’est qu’on se balade dans le répertoire des deux Français les yeux fermés, tant ils font partie de notre imaginaire collectif. Et c’est ce dernier qui indéniablement étreint nos coeurs, quand,du haut de la loge des journalistes, l’on contemple quelque 20 000 bouches accompagner les deux chanteurs.

 

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  1. Pierre-Auguste

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