Dans l’oeil du boxeur

Un poing qui franchit la garde. Quelques gouttelettes vermillon qui sillonnent l’arcade. Une dent qui a cédé, peut-être, sous la lèvre châtiée. Des semaines de dur labeur, qui se condensent en un battement, puis s’effritent en un revers. A l’austérité des entraînements s’ajoute la rigueur des coups. Pourtant, aucune douleur ne fera ciller Jan Rebong de la voie martiale qu’il s’est assigné. Quand le Boxeur philippin a décidé d’enfiler les gants à l’âge de 15 ans pour s’essayer au Noble Art, il savait déjà qu’il ne les quitterait plus. Avec un objectif en tête; combattre parmi les grands.

Entre l’ivresse des rêves de victoire et l’implacable réalité de la boxe, il y a la fièvre du combat, et les heavybags, que Jan harponne jour après jour pour se rapprocher de la perfection. Dans son viseur, l’adversaire. D’abord fantasmé, il n’est que spectre à qui l’on se mesure en shadow boxing, et qui tourbillonne au rythme des combos. Très vite, l’Ombre s’incarne dans la lumière crue d’un ring. L’Autre nous toise comme on l’évalue. L’on dessine ses forces dans la clarté de notre discipline, et ses faiblesses dans la noirceur de notre acharnement. Car impossible de franchir les cordes sans penser à la fureur de la victoire!

Petit crochet dans l’oeil du boxeur pour comprendre une passion fracassante.

Jan Rebong, Fiche Technique

Age: 28 ans
Taille: 5”8
Poids (compétition): 60kg
Pays: Philippines
Formation: Bachelor en Sciences du Sport, Boxeur
Arts Martiaux: Boxe, Muay-Thaï, BJJ, Krav Maga
Citation choisie: “Thirst for life like Water. Swallow up death like Wine

Cherrycrew: Jan, qui es-tu?

Jan Rebong: Je dirais que je suis un gars qui cherche à vivre de sa passion, pour le coaching et le combat. Je pratique la boxe depuis l’âge de 15 ans, et j’ai quitté mes Philippines natales pour poursuivre un diplôme universitaire en Sciences du sport en Nouvelle-Zélande. Ce fut une intense aventure mais je ne regrette pas d’avoir suivi cet appel du ventre.

CC: Comment en es-tu venu à la boxe?

JR: Parlant d’appel du ventre… Je n’étais qu’un gamin quand j’ai senti que c’était le moment de faire un travail sur moi-même. J’en avais marre d’être ce gosse très frêle qui était toujours malade et qui subissait ses problèmes respiratoires. J’avais besoin d’un vrai défi pour me pousser en avant et pour canaliser mon énergie d’ado en pleine croissance! La boxe a constitué le cadre idéal. De façon plus générale, les Arts martiaux me nourrissaient plus que les sports de balle.

Au fur et à mesure que je progressais, j’ai eu envie de combattre. J’avais toujours été fasciné par tout ce qui met en scène des affrontements, qu’il s’agisse de jeux vidéo, de films, et des matchs. J’ai toujours su qu’un jour je me donnerai la chance d’essayer, et l’opportunité s’est tout naturellement dessinée.

Au fond de moi, je pense que la boxe répond à un appel. Je savais, dès mes premiers pas sur un ring, que j’allais prendre cette activité très à coeur. Cela fait plus de dix ans que j’ai mis les gants, et je sais que j’ai fait le bon choix.

La vie m’a ramené sur le chemin du dojo

CC: Entre jabs et études, as-tu dû faire des sacrifices?

JR: Il y a eu des périodes drainantes en effet. J’ai pratiqué la boxe et le Muay-Thaï intensément durant quelques années alors que je travaillais comme cleaner et caissier. En parallèle, j’étais instructeur de gym dans une salle remplie de gars venus de Thaïlande! En réalité, comme je n’avais pas le sou à cette époque-là, et que je n’avais pas beaucoup d’options, j’ai troqué mes coachings contre des entraînements de Muay-Thaï. La négociation rêvée pour obtenir de pures techniques, venues de la source…

CC: Tu a déjà tâté des cordes dans une arène pro…

JR: J’ai combattu plusieurs fois dans la ligue Amateur des Golden Gloves en Nouvelle-Zélande. J’ai remporté la médaille d’Argent dans la catégorie Elite Open en 2013. J’ai décroché l’Or dans la catégorie Elite Novice l’année suivante. Je me suis ensuite retiré pour des raisons de santé, et également financières.

CC: En ce moment, tu es en train de préparer ta licence…

JR: J’ai dû attendre 2018 avant de renouer avec les duels, aux Philippines. J’ai perdu seulement un seul combat mais la voie professionnelle m’était toujours ouverte.

J’ai cependant hésité à mettre les gants de façon officielle car j’accumulais beaucoup de mandats en tant que coach privé. C’est la vie qui m’a ramené sur le chemin du dojo. J’ai en effet été casté dans un film de boxe, où j’ai rencontré des personnes qui m’ont poussé à persévérer. En 2020, alors que la pandémie prenait de l’ampleur, mes horaires de travail se sont drastiquement allégés. L’occasion, pour moi, de faire un bout de chemin en plus dans la direction de mes rêves, et de me préparer physiquement et techniquement à un retour sur le ring.

Notre corps est capable de soulever des montagnes!

CC: Comment te prépares-tu au combat?

JR: La préparation est certes physique, mais elle est avant tout, mentale. J’essaie d’être irréprochable sur les plans musculaire, cardio et tactique. J’ai toujours pensé que la confiance se construit à travers la compétence. C’est à force de répéter que l’on se sent capable.

Durant l’entraînement, je cherche à dépasser mes craintes et mes faiblesses. La boxe n’est de loin pas toujours tendre avec le corps; je ne compte plus les jours de douleur ou d’inconfort, surtout après ou pendant les sparrings (ndlr: forme de combat léger visant à s’entraîner sans se blesser). En outre, il arrive que la période de conditionnement physique soit difficile à encaisser mentalement.

Mais c’est dans ces moments de pur challenge que je m’émerveille quant à la capacité qu’a le corps humain de dépasser des limites rationnelles. Notre corps est capable de soulever des montagnes! C’est quand on prend conscience de cette élasticité des compétences et des aptitudes, que notre confiance se cristallise. C’est ainsi que prend racine la véritable confiance en soi; c’est un lien de soi à soi qui se construit en franchissant les obstacles, un par un.

J’ai également trouvé en la méditation et la visualisation des outils très efficaces pour maintenir un équilibre entre calme et hyper-attention. Durant les combats, je cherche toujours à combiner un état d’apaisement et d’acuité sensorielle pour répondre à mon adversaire de façon rapide et efficace.

Je me concentre également sur le contrôle de ma respiration. Je cherche à monitorer mes perceptions. J’ai trouvé utile de dessiner un canevas mental de mes combos, et de mes attentes en combat.

Tous ces exercices me permettent de m’affranchir du stress et d’atteindre une forme améliorée du contrôle du “soi”. C’est pourquoi je m’entraîne sans relâche, jour après jour; pour m’approcher d’un certaine condition physique, mais surtout pour entrer dans un état d’esprit plus élevé.

La méditation et la visualisation sont des outils très efficaces

CC: Quelle est ta routine?

JR: Je suis moins intransigeant avec moi-même depuis quelques temps. Je m’entraîne dur, mais je me laisse plus souvent décompresser.

Le matin, je donne des classes privées de sport, et je crée parfois du contenu pour mes réseaux digitaux. C’est plutôt l’après-midi que je boxe. Une fois cela terminé, j’aime tout simplement me détendre avec mes amis ou en famille. Je sais également faire un simple Netflix and Chill!

Même si j’aime combattre, je cherche à garder une vie sociale équilibrée. Je ne souhaite pas fatiguer mon système nerveux, ou me dégoûter de ma passion. Cultiver des activités en dehors du sport, rire, passer du bon temps avec des gens qui me rendent heureux, tout cela me permet de mieux recharger les batteries.


CC: Quels conseils donneras-tu à tes clients en 2021?

JR: Ce que je répète souvent à mes clients, c’est que la réalité n’est pas glamour: il faut acquérir des bases solides, et privilégier un noyau d’exercices qui fonctionne. Sans chercher à trop sophistiquer ta routine. En faisant cela, tu seras déjà à la tête du peloton.

Pour un boxeur, je dirais qu’il s’agit de se renforcer autant que faire se peut, manger de façon saine et bio la plupart du temps, essayer de trouver un rythme de croisière quant à la nutrition, et dormir autant que possible.

J’aime penser que la recette qui a permis à l’humanité de se perpétuer pendant des millions d’années sera certainement la même qui te gardera en forme et qui te permettra de profiter pleinement de la vie.


CC: Tu as fait tes débuts au cinéma. Quel rôle as-tu campé?

JR: J’ai récemment été casté pour un film philippin dont le titre est “Ginhawa” (“Comfort”), lequel sortira courant 2021. C’est l’histoire d’un gamin originaire d’une province pauvre qui essaie de briser le cycle vicieux de la pauvreté dans lequel sa famille est piégée depuis des générations. La pauvreté est un thème tristement actuel, qui touche un grand nombre de familles philippines. Ces dernières sont confrontées à des obstacles inimaginables, et à de nombreux abus.

Je joue le challenger, un riche et arrogant boxeur provenant de la classe supérieure. En me combattant, le gamin entrevoit l’espoir d’une vie meilleure. Y parviendra-t-il? Spoiler alert, ce film est plutôt dystopique. Le but du réalisateur est de peindre un tableau brut de la pauvreté dans le pays. Il souhaitait également jeter une lumière sur ceux qui ont choisi de combattre pour survivre. Dans ce milieu, il y a certes beaucoup à gagner pour qui parvient à s’imposer, mais encore bien plus à perdre.

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Le site de Jan Rebong: janrebongfitness.weebly.com

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